Au Royaume-Uni, ça ne rigole plus avec l’avenir des motos thermiques. De l’autre côté de la Manche, le gouvernement envisage carrément de couper le robinet des ventes de bécanes à essence d’ici 2040. Pour l’instant, rien n’est gravé dans le marbre, mais le signal envoyé aux motards est on ne peut plus clair : le futur, pour eux, devrait être électrique.
On va voir ensemble ce que prévoit ce calendrier, où en est réellement le marché, et pourquoi ça chauffe déjà entre l’État, les constructeurs et les assos de motards.
Sommaire
Un calendrier en deux temps pour tourner la page du thermique
Les autorités britanniques ne parlent pas d’un coup de massue immédiat, mais d’une transition étalée sur plusieurs années. L’idée, ce serait de fermer progressivement la porte aux moteurs thermiques en commençant par les petites cylindrées, avant de s’attaquer aux motos plus costaudes.
2030 : les cyclomoteurs thermiques dans le viseur
Première étape annoncée : autour de 2030, les cyclomoteurs à moteur thermique pourraient disparaître des showrooms. En clair, les petites 50 cm3 et assimilées, celles qui aujourd’hui servent souvent de première machine ou de véhicule urbain économique, ne seraient plus vendues neuves si elles roulent à l’essence.
On parle bien d’arrêt des ventes, pas d’interdiction immédiate de circuler. Mais on connaît la musique : quand on coupe la vente de neuf, derrière, les occasions finissent par se raréfier, et le parc se renouvelle petit à petit avec ce que le marché propose… donc de l’électrique.
2040 : fin annoncée pour les motos et scooters de plus de 50 cm3
Deuxième étape, bien plus symbolique pour nous autres passionnés : aux alentours de 2040, ce serait au tour des motos et scooters de plus de 50 cm3 de ne plus pouvoir être vendus en version thermique. Que ce soit un roadster A2, une grosse GT, un trail ou un maxiscooter, tout ce qui sort neuf des concessions devrait alors, en théorie, fonctionner sans essence.
On parle ici du Royaume-Uni, mais ce genre de calendrier envoie un message à toute l’Europe : la fin programmée des moteurs thermiques pour les deux-roues n’est plus de la science-fiction, c’est un scénario sérieux sur la table.
Un marché électrique encore à la traîne chez les motards britanniques
Le plus frappant, c’est le décalage entre l’ambition politique et la réalité du terrain. Côté autos, l’électrique commence à bien s’installer. Mais pour les motos, l’histoire est très différente : le marché britannique est encore en rodage, pour ne pas dire en phase de test.
En 2023, les motos électriques ont représenté moins de 2 % des ventes au Royaume-Uni. Autrement dit, pour 100 bécanes achetées, moins de deux sont passées au jus. Ça montre bien que, pour l’instant, la plupart des motards restent attachés au thermique : sonorité, sensations mécaniques, autonomie, temps de charge… il y a encore pas mal de freins dans les têtes comme dans la vraie vie.
Des aides financières pour pousser à brancher les bécanes
Pour accompagner ce virage, le gouvernement britannique a commencé à sortir le portefeuille. L’objectif est limpide : rendre les motos électriques un peu plus digérables côté budget, histoire de ne pas braquer tous les motards dès le départ.
Une subvention dédiée aux motos électriques abordables
Concrètement, une aide publique d’environ 500 £ est proposée pour l’achat d’une moto électrique dont le prix ne dépasse pas 10 000 £. Ce coup de pouce vise les modèles « grand public », pas les machines de niche à tarif délirant. L’idée, c’est de rendre la bascule vers l’électrique un poil moins douloureuse pour ceux qui roulent tous les jours, notamment en ville ou en périurbain.
Mais même avec cette prime, la question reste la même : est-ce que les motards sont prêts à lâcher leur bonne vieille moto thermique pour une machine silencieuse, plus lourde, avec une autonomie encore limitée quand on commence à vraiment tirer dans les tours et à s’amuser ? Pour l’instant, les chiffres disent plutôt non.
Le gouvernement temporise, les discussions continuent
Officiellement, le ministère des Transports britannique reconnaît qu’il travaille sur l’hypothèse d’une fin des ventes de motos thermiques. Mais il insiste aussi sur un point : rien n’est définitivement acté. On est encore dans la phase de consultation, de prises de position, de négociations.
Les autorités discutent avec les constructeurs, les acteurs de la filière et les représentants des usagers. Entre les enjeux climatiques affichés d’un côté et la réalité industrielle, économique et sociale de l’autre, la marche à franchir est haute. Les marques doivent investir dans de nouveaux modèles, revoir leur offre, adapter leur réseau, et tout ça ne se fait pas en claquant des doigts.
Les motards britanniques montent au créneau
Évidemment, une annonce pareille ne pouvait pas passer crème dans le petit monde de la moto. Au Royaume-Uni comme chez nous, les motards n’aiment pas trop qu’on touche à leur liberté de choix sans expliquer précisément comment on compte s’y prendre.
Le MAG vent debout contre le projet
Le Motorcycle Action Group (MAG), l’une des principales associations de défense des motards au Royaume-Uni, s’est déjà positionné très clairement : pour eux, un tel scénario est tout simplement « irréalisable » dans l’état actuel des choses et met en danger l’ensemble de l’industrie moto britannique.
Derrière cette réaction, il y a plusieurs inquiétudes : la crainte de voir des concessions fermer, des emplois disparaître, mais aussi la peur de perdre l’âme de la moto telle qu’on la connaît. Parce que oui, pour beaucoup, une moto, ce n’est pas qu’un moyen de transport : c’est un moteur qui vit, un frein moteur, une bande son, des vibrations, un caractère. Et ça, l’électrique a encore du mal à le reproduire.
Un signal fort dans la bataille contre le réchauffement climatique
Si le Royaume-Uni réfléchit à frapper aussi fort sur les motos thermiques, c’est évidemment dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Les deux-roues représentent une part bien plus modeste des émissions par rapport aux voitures ou aux camions, mais politiquement, le message est puissant : tous les types de véhicules finiront par être concernés.
En Europe, on connaît déjà la date de fin de la vente des voitures thermiques, fixée à 2035. Pour les motos et scooters, l’Union européenne n’a pas encore tranché officiellement. Le Royaume-Uni, lui, envisage de prendre les devants, même s’il ne fait plus partie de l’UE. Une manière de montrer qu’il veut être dans le groupe de tête en matière de transition énergétique.
Une transition pleine de zones d’ombre pour les motards
Sur le papier, basculer tous les deux-roues vers l’électrique fait joli dans les rapports officiels. Sur la route et dans les garages, c’est une autre histoire. Les défis sont nombreux, et loin d’être anecdotiques quand on parle d’usage réel.
Infrastructures de recharge : le nerf de la guerre
La première question qui fâche, c’est celle de la recharge. Aujourd’hui, même pour les voitures, les réseaux de bornes sont encore parfois insuffisants ou mal répartis. Pour les motos, qui se garent souvent en extérieur, sur trottoir ou dans des endroits où il n’y a pas de prise accessible, c’est encore plus compliqué.
Si on veut que les motards passent massivement à l’électrique, il faudra des bornes plus nombreuses, mieux placées, avec des solutions adaptées aux deux-roues : stationnement pratique, sécurisation pendant la charge, compatibilité des prises, etc. Sans ça, l’électrique restera un truc de niche pour quelques urbains bien équipés.
Prix, autonomie, sensations : la fameuse équation impossible
Autre gros morceau : le coût et les performances. Les motos électriques restent souvent plus chères à l’achat que leurs équivalents thermiques, même avec une aide d’État. Et si le coût à l’usage peut être intéressant (moins d’entretien, pas de plein d’essence), beaucoup de motards regardent d’abord le ticket d’entrée.
À ça s’ajoutent l’autonomie réelle et le temps de recharge. Quand on part en week-end, qu’on enchaîne les virages, qu’on roule fort en montagne ou sur nationale, on n’a pas envie de passer son temps à chercher une borne. La liberté de se pointer à une station, faire le plein en cinq minutes et repartir, c’est aussi ça, l’ADN de la moto.
Enfin, il y a le ressenti au guidon : une moto électrique peut envoyer du couple instantané, c’est clair, mais le manque de son, de passage de rapports, de caractère moteur laisse certains motards sur leur faim. Pour beaucoup, ça ressemble encore plus à un « outil de déplacement » qu’à une vraie compagne de route.
Et après 2040, à quoi pourrait ressembler le parc moto ?
Si le Royaume-Uni va au bout de sa logique, on se retrouvera avec un marché où le neuf sera 100 % électrique, et un parc roulant encore largement thermique pendant un bon moment. Les motos à essence déjà en circulation ne disparaîtront pas du jour au lendemain, surtout chez les passionnés qui bichonnent leurs machines.
On peut facilement imaginer un futur où les anciennes thermiques deviendront des objets de passion, un peu comme les voitures de collection aujourd’hui : des sorties ponctuelles, des rassemblements, des balades le week-end. Pendant ce temps, les trajets du quotidien, le boulot-dodo, les livraisons urbaines, basculeraient majoritairement sur de l’électrique.
Conclusion : une révolution annoncée, mais loin d’être maîtrisée
Le projet britannique d’interdire la vente des motos thermiques d’ici 2040 ressemble à un gros coup de pression sur la planète moto. Ça oblige tout le monde à se projeter : constructeurs, pouvoirs publics, mais aussi nous, les motards qui vivons la route au quotidien.
Entre ambitions climatiques, contraintes techniques, contraintes économiques et passion pure de la mécanique, l’équation est loin d’être résolue. Une chose est sûre : si le Royaume-Uni veut réussir sa manœuvre, il devra proposer bien plus qu’un simple calendrier et une petite prime. Sans réseau de recharge solide, motos électriques attractives et vraie concertation avec le milieu motard, le risque est de braquer toute une communauté. Affaire à suivre de près, parce que ce qui se décide là-bas pourrait bien inspirer ce qui nous tombera dessus ici demain.