Codes 01.01, 64, 78 : ces mentions sur ton permis qui peuvent flinguer ton assurance moto

Bruno

16 février 2026

On regarde rarement le dos de son permis… jusqu’au jour où ça tourne mal. Et là, les petits chiffres en colonne 12 (01.01, 64, 78…) peuvent faire toute la différence entre une prise en charge tranquille et une galère monumentale avec l’assurance. Ces codes ne sont pas du décor : ils fixent noir sur blanc ce que tu as le droit de conduire, et comment.

Pour un motard, les ignorer, c’est un peu comme attaquer un col en pneus lisses sous la pluie : ça passe… jusqu’à ce que ça ne passe plus. On va donc décortiquer ces mentions, voir qui les décide, comment les faire évoluer, et surtout ce que ça change pour ta bécane et ton assurance.

Les codes en colonne 12 : le langage caché de ton permis

Retourne ton permis, vise la colonne 12 : les petites séries de chiffres, c’est un langage commun à toute l’Europe. Ces codes dits « harmonisés » servent aux flics, à l’administration… et à ton assureur. Ils résument des contraintes médicales ou techniques qui s’appliquent à toi, en tant que conducteur.

En clair, ces mentions disent ce que tu as le droit de piloter, dans quelles conditions, et avec quelles limites. Si tu ne joues pas le jeu, tu roules hors cadre légal, même si tu as le bon permis A, A2 ou B dans la poche.

Côté assurance, c’est simple : tu ne respectes pas un code imposé sur ton titre, tu donnes une excuse en or pour refuser l’indemnisation en cas de carton. Et là, que tu sois en tort ou non, l’addition peut piquer sévère.

Les grandes catégories de codes permis : médical, technique, administratif

Pour s’y retrouver, il faut savoir que ces codes sont classés par grands blocs. Les numéros de 1 à 100 relèvent d’un référentiel européen. Ensuite, chaque pays peut ajouter ses propres mentions, mais le principe reste le même : tout est là pour encadrer la sécurité routière.

Grosso modo, on tombe sur quatre familles :

  • Restrictions médicales : le cas le plus courant, c’est la vision (codes 01.xx), mais ça peut toucher d’autres limitations physiques.
  • Adaptations du véhicule : commandes modifiées, aménagements pour handicap, etc.
  • Restrictions d’usage : vitesse limitée, zone d’usage, conditions particulières.
  • Mentions administratives ou techniques : boîte auto obligatoire, échange de permis étranger, etc.

Pour te donner une vue claire des codes qui nous intéressent le plus souvent motos et autos confondues, voilà un petit récap :

CodeSignification officielleCatégorie
01.01Port obligatoire de lunettes de vueRestriction médicale (vision)
64Limitation de vitesse particulière imposée au conducteurRestriction d’usage
78Conduite limitée aux véhicules à boîte de vitesses automatiqueRestriction technique / administrative

Ces trois-là paraissent anodins, mais pour un motard qui aime envoyer, ils peuvent changer radicalement la façon de rouler… ou d’être indemnisé.

Code 78 : permis limité à la boîte auto, et les motos dans tout ça ?

On commence par celui qui pose le plus de pièges : le code 78. Quand il est inscrit sur ton permis, ça veut dire que tu n’as officiellement le droit de conduire que des véhicules à boîte automatique. Pas de sélection de rapport au pied, pas d’embrayage à gérer : l’admin considère que tu es formé exclusivement à la boîte auto.

Ce code apparaît quand tu passes ton permis sur un véhicule automatique. C’est valable en voiture, mais aussi en moto ou en scooter si tu passes ton A1/A2 sur une machine sans boîte manuelle (gros scooter, par exemple).

Si ensuite tu grimpes sur une bécane à boîte méca en te disant « ça ira bien », tu cumules les emmerdes :

  • tu roules en infraction pure et simple, comme si tu n’avais pas le bon permis pour le type de véhicule ;
  • en cas de contrôle, tu peux te prendre une belle prune, voire pire selon la situation ;
  • en cas d’accident, ton assurance peut refuser d’indemniser, pour toi comme pour les dégâts causés à autrui.

Conduire une moto à boîte manuelle avec un permis marqué 78, c’est un peu comme partir pour un road-trip avec une carte verte périmée : tant qu’il n’y a pas de souci, tout va bien, mais le jour où tu embrasses un rail, tu te retrouves seul face à la facture.

Si tu veux lever cette contrainte, il faut repasser par la case formation complémentaire sur un véhicule à boîte manuelle et valider l’examen adapté. C’est un choix à faire dès le départ quand tu sélectionnes ta formation moto ou auto : boîte auto par facilité, ou boîte méca pour garder toutes les portes ouvertes.

Codes 01.01, 01.02, 01.06 : rouler net côté vision

Autre série de codes très fréquente : tout ce qui commence par 01. Là, on est sur la correction de la vue. Si tu as déjà passé une visite médicale pour le permis (renouvellement, catégorie pro, problème de santé…), tu as forcément vu le sujet arriver.

Le principe est simple : le médecin évalue si ta vision permet de conduire sans mettre tout le monde en danger. Si une correction est nécessaire, il impose un code. Les principaux :

  • 01.01 : lunettes obligatoires pour conduire ;
  • 01.02 : lentilles de contact obligatoires ;
  • 01.06 : au choix : lunettes ou lentilles, tu fais comme ça t’arrange, mais l’un ou l’autre est requis.

Quand tu as par exemple 01.01 sur ton permis, partir rouler sans lunettes, c’est comme attaquer un col de montagne de nuit avec la visière fumée : tu vois moins bien, tu réagis moins vite, et en plus tu roules hors cadre légal.

Et là encore, si l’expert d’assurance découvre qu’au moment de l’accident tu ne respectais pas la correction visuelle imposée, il peut considérer que tu ne remplissais pas les conditions de validité de ton permis. Traduction : indemnisation remise en cause ou carrément refusée.

Code 64 : quand la vitesse est personnalisée

Le code 64 est un peu plus rare, mais il mérite qu’on s’y attarde. Il correspond à une limitation de vitesse spécifique qui s’applique à toi, pas à la route. Autrement dit, même si la voie rapide est limitée à 110, ton cas particulier peut t’imposer une vitesse moindre.

Ce type de mention arrive souvent :

  • à la suite d’un avis médical particulier ;
  • ou d’une décision administrative (souvent préfectorale) liée à ton état de santé ou à tes aptitudes.

Pour un motard qui aime enrouler, c’est clairement une grosse contrainte : pas question de « suivre le flot » si ta limite perso est inférieure. Et comme pour les autres codes, si tu dépasses cette limitation personnelle et que tu cartonnes, tu donnes une raison béton à l’assurance de contester la prise en charge.

Qui impose ces codes : blouse blanche ou inspecteur ?

Derrière chaque code inscrit sur ton permis, il y a une décision officielle. En gros, deux acteurs jouent un rôle clé :

Pour tout ce qui touche à ton état de santé (vision, handicap, pathologie particulière…), c’est le médecin agréé par la préfecture qui a la main. Il t’examine, étudie ton dossier, et décide s’il faut ajouter une restriction. Son avis n’est pas un conseil, c’est une base obligatoire pour l’administration.

Ensuite, l’inspecteur du permis de conduire intervient pour la partie pratique et technique : il contrôle si tu maîtrises le véhicule adapté à ta situation (boîte spécifique, commandes modifiées, etc.). C’est lui qui valide, ou pas, que l’ensemble permet une conduite sûre.

En résumé : le médecin fixe le cadre médical, l’inspecteur vérifie sur le terrain que l’ensemble conducteur + machine reste cohérent et sécurisant. Les codes en colonne 12 sont le résultat combiné de ces deux niveaux de décision.

Comprendre qui a posé la restriction au départ est essentiel si tu veux un jour la faire modifier ou supprimer : on ne s’adresse pas au même interlocuteur selon la nature du code.

Faire sauter ou modifier une restriction : c’est possible, mais pas magique

Bonne nouvelle : les mentions sur ton permis ne sont pas toujours définitives. Si ta situation évolue, tu peux demander une mise à jour. Exemple typique : tu te fais opérer des yeux, tu récupères une vision nickel, et le code 01.01 n’a plus lieu d’être.

Mais attention, rien ne se fait tout seul. Il faut enclencher la démarche et suivre un petit parcours administratif. En général, ça se déroule en trois temps :

  1. Passer une nouvelle visite chez un médecin agréé, et obtenir un avis favorable qui ne justifie plus la restriction (ou la modifie).
  2. Déposer une demande de nouveau permis sur le site de l’ANTS, en précisant le motif (mise à jour des mentions, levée de restriction, etc.).
  3. Joindre tous les justificatifs requis : compte-rendu médical, ancien permis, pièces d’identité, photos, etc.

Il faut prévoir un peu de temps et quelques frais : visite médicale payante, coût de fabrication du nouveau permis, éventuellement formation complémentaire si tu enlèves un code comme le 78 pour passer à la boîte manuelle.

Mais à la clé, tu retrouves un titre parfaitement raccord avec ta situation actuelle, et tu évites les mauvaises surprises en cas d’expertise après accident. En moto comme en voiture, c’est le genre de détail administratif qui peut te sauver gros.

Ce que ces codes changent vraiment pour ton assurance moto

Pour résumer, les codes 01.01, 64, 78 (et leurs cousins) ne sont pas de la paperasse décorative : ils posent les conditions minimales pour que ton permis soit valable. Dès que tu t’en écartes, tu t’exposes à deux niveaux de risques :

  • au niveau pénal, tu peux être verbalisé pour non-respect des mentions du permis, voire pour défaut de permis adapté au véhicule ;
  • au niveau assurantiel, tu peux te retrouver sans couverture ou avec une prise en charge sérieusement amputée, surtout si l’infraction a un lien avec l’accident.

Avant de partir en balade, de changer de monture ou de passer à une moto à boîte manuelle alors que tu as un code 78, ça vaut le coup de jeter un œil à cette fameuse colonne 12. C’est deux secondes de contrôle pour éviter des années de remboursements de ta poche.

Et si ta vue a évolué, si tu as été opéré, ou si tu veux te libérer d’une restriction qui ne correspond plus à ta réalité, n’hésite pas à lancer les démarches. Un permis à jour, c’est comme une moto bien entretenue : on ne le remarque pas tous les jours, mais le jour où il faut qu’il assure, on est bien content qu’il soit en règle.