À partir du 29 décembre 2025, on change clairement de planète côté répression. Tout dépassement de la vitesse maximale autorisée de plus de 50 km/h bascule directement dans la case délit. Fini la grosse prune qu’on digère à moitié, on parle désormais de casier judiciaire, possible peine de prison et confiscation de la moto. Autant dire qu’il va falloir garder un œil rivé sur le compteur quand la gomme est chaude.
Pour nous, motards, ça veut dire qu’une franche ouverture des gaz peut se transformer en galère pénale. Entre le risque de perdre le permis, la bécane et parfois même son job, mieux vaut savoir exactement à quoi on s’expose. On va décortiquer tout ça ensemble, sans langue de bois, comme autour d’un café après une bonne virée.
Un +50 km/h qui change tout : du simple excès au délit routier
Avant, un très gros excès de vitesse, ça piquait déjà bien, mais on restait dans le monde des contraventions. Là, avec la réforme de la sécurité routière issue de la loi du 9 juillet 2025, on grimpe un étage : un seul +50 km/h et vous voilà poursuivi pour un délit. Pas besoin d’avoir un casier long comme un bras, ça tombe dès la première “arsouille” de trop.
Le nouveau seuil qui fait basculer du mauvais côté
Le principe est simple comme une ligne droite d’autoroute : 50 km/h au-dessus de la limitation = délit. Que vous soyez à 180 sur une portion à 130, ou à 131 sur une route limitée à 80, la règle est la même. Une fois ce cap passé, on n’est plus dans le « gros excès », on est dans le pénal, avec tout ce qui va avec.
Et ce n’est pas réservé aux chauffards multi-récidivistes. Un motard tranquille, propre sur lui, sans aucun antécédent, peut se retrouver d’un coup dans une procédure correctionnelle pour avoir trop tiré dans les tours à un moment mal choisi.
Pourquoi l’État serre autant la vis sur la vitesse ?
Ce tour de vis ne sort pas de nulle part. Depuis quelques années, les autorités ont vu les chiffres des très grands excès exploser. On parle d’une hausse de près de 70% de ces infractions depuis 2017. Ajoutez à ça que la vitesse reste un facteur majeur des accidents mortels, et vous avez la recette parfaite pour un durcissement violent de la loi.
Quand la prévention ne suffit plus, le législateur sort la matraque : le grand excès de vitesse est désormais traité comme un délit pour frapper fort dans les esprits.
En clair, l’idée est de casser l’image “petit coup de folie, pas bien grave” que beaucoup avaient encore. Avec ce nouveau cadre, un seul run trop optimiste peut vous coller une étiquette de délinquant routier.
Tribunal correctionnel : on ne joue plus dans la même cour
Le changement majeur, c’est le type de justice que vous allez affronter. Avant, pour ces gros excès, on parlait de contravention de 5e classe traitée au tribunal de police. Désormais, c’est le tribunal correctionnel qui vous attend. Ce n’est pas le même ambiance, ni les mêmes conséquences.
On passe de l’amende salée et du retrait de points à un univers où l’on peut vous coller une peine de prison, une inscription au casier judiciaire, une annulation de permis et la saisie de la moto. Autrement dit, la petite accélération “pour voir ce qu’elle a dans le ventre” peut plomber des années de vie perso et pro.
Ce qu’un grand excès de vitesse peut réellement vous coûter
Maintenant qu’on a posé le décor, entrons dans le dur : les sanctions. Parce que là, on ne parle plus seulement de sortir la carte bleue et de rouler plus sage pendant quelques mois.
Prison, grosse amende et casier : le combo qui fait très mal
Pour un excès de vitesse de 50 km/h ou plus au-dessus de la limite, le barème maximal prévu par la loi, c’est :
- jusqu’à 3 mois de prison ;
- jusqu’à 3 750 € d’amende ;
- inscription au casier judiciaire (bulletin n°2).
Évidemment, c’est le juge qui tranche en fonction du dossier (contexte, attitude, antécédents, etc.), mais ces plafonds existent et peuvent tomber. Et ce qui colle vraiment à la peau, c’est le casier : certains métiers deviennent compliqués, voire inaccessibles, pour un simple excès qui a trop dérapé.
Un grand excès de vitesse n’est plus considéré comme une “erreur de conduite”, mais comme une véritable infraction pénale qui vous suit pendant des années.
Retrait de points, suspension, annulation : quand le permis part en fumée
À côté de la sanction pénale pure, il y a tout ce qui touche directement à notre droit de rouler. Et là aussi, ça tape fort :
- retrait automatique de 6 points sur le permis ;
- suspension du permis pouvant aller jusqu’à 3 ans, sans aménagement “permis boulot” ;
- annulation pure et simple du permis avec interdiction de le repasser pendant jusqu’à 3 ans ;
- stage de sensibilisation à la sécurité routière à vos frais, si la justice le décide.
Tout ça, c’est sans encore parler de la bécane elle-même. Parce que oui, le juge peut aussi aller chercher ce qui vous fait vibrer dans le garage.
Récidive et confiscation de la moto : le scénario cauchemar
Si vous remettez ça dans les 5 ans, là on entre dans la zone rouge écarlate. En cas de récidive de grand excès de vitesse :
- les peines encourues sont doublées (prison, amende, interdictions) ;
- et surtout, la confiscation de la moto devient obligatoire si vous en êtes propriétaire.
Ce n’est plus une option laissée à la libre appréciation du juge : la loi impose de vous retirer la machine. Concrètement, votre moto part à la fourrière et vous ne la revoyez pas. Dur quand on sait ce que représente une bécane pour beaucoup d’entre nous, entre investissement financier et attachement émotionnel.
Amende forfaitaire délictuelle : une “porte de secours” sous conditions
Heureusement, tout n’est pas totalement noir pour un premier gros dérapage. Le système prévoit une procédure un peu moins violente pour certains dossiers simples : l’amende forfaitaire délictuelle, ou AFD pour les intimes.
Comment fonctionne cette fameuse AFD ?
L’AFD, c’est une manière de gérer certains délits sans passer par la case audience au tribunal. L’idée, côté justice, est de gagner du temps sur les dossiers jugés “simples” : vous payez, et l’affaire est bouclée pénalement, sans convocation devant un juge.
Pour un grand excès de vitesse, votre dossier peut être orienté vers ce système à condition :
- que ce soit la première fois que vous tombez dans ce type d’infraction ;
- qu’il n’y ait ni alcool ni stupéfiants dans l’histoire ;
- et qu’il n’y ait pas d’autre infraction grave ajoutée au paquet (refus d’obtempérer, par exemple).
Dans ce cas, vous recevez une amende à payer, sans passer par le tribunal correctionnel.
Montant, délais et effet sur le casier judiciaire
Le tarif de base de l’AFD pour ce délit de vitesse est fixé à :
- 300 € au montant normal ;
- 250 € si vous payez rapidement (amende minorée) ;
- 600 € si vous traînez et laissez filer les délais (amende majorée).
Le gros point positif, c’est que payer l’AFD éteint l’action publique. En clair : pas de comparution devant le juge correctionnel, et surtout pas d’inscription au casier judiciaire pour ce fait-là. Pour un motard salarié, artisan ou fonctionnaire, ça peut faire toute la différence.
Ce que l’AFD ne vous évitera pas
Attention toutefois à ne pas confondre “pas de casier” avec “pas de sanction”. Même avec l’AFD :
- le retrait de 6 points sur le permis tombe automatiquement ;
- le préfet peut tout de même décider d’une suspension administrative du permis ;
- votre assurance pourra considérer ce délit payé par AFD comme un signal de conduite à risque.
Donc oui, l’AFD vous évite la trace pénale et le passage au tribunal, mais elle ne vous protège ni du couperet sur le permis, ni des suites côté assurance.
Rappels utiles : tout le barème des excès de vitesse
On parle beaucoup du +50 km/h parce que c’est la nouveauté qui fait mal, mais la vie de tous les jours, ce sont aussi les excès plus “modérés” : 15, 25 ou 40 km/h au-dessus. Ça reste du classique, mais ça peut vite grignoter un permis déjà bien entamé.
Les excès en dessous de 50 km/h : toujours des contraventions
Tant que vous restez en dessous de +50 km/h, vous êtes encore dans le monde des contraventions. Là, rien n’a changé avec la réforme : même classes de contraventions, mêmes amendes forfaitaires, mêmes retraits de points.
La seule petite évolution récente, c’est la suppression du retrait de point pour les excès de moins de 5 km/h. L’amende, elle, est toujours là, et elle ne fait pas semblant. Donc non, ce n’est pas un feu vert pour rouler “un peu au-dessus” en permanence : à force d’additionner les prunes, le budget pneus aura vite un concurrent sérieux…
Tableau récapitulatif des sanctions en 2026
Pour y voir clair d’un coup d’œil, voici un tableau qui permet de visualiser à partir de quand on bascule dans la zone délit, et ce qu’on risque en fonction du dépassement :
| Dépassement de vitesse | Type d’infraction | Retrait de points | Amende forfaitaire | Peines complémentaires possibles |
|---|---|---|---|---|
| Inférieur à 20 km/h (hors agglo) | Contravention 3e classe | 1 point | 68 € | Suspension de permis (jusqu’à 3 ans) |
| Inférieur à 20 km/h (en agglo) | Contravention 4e classe | 1 point | 135 € | Suspension de permis (jusqu’à 3 ans) |
| Entre 20 et 29 km/h | Contravention 4e classe | 2 points | 135 € | Suspension de permis (jusqu’à 3 ans) |
| Entre 30 et 39 km/h | Contravention 4e classe | 3 points | 135 € | Suspension (jusqu’à 3 ans), stage obligatoire possible |
| Entre 40 et 49 km/h | Contravention 4e classe | 4 points | 135 € | Suspension (jusqu’à 3 ans), stage obligatoire possible |
| Égal ou supérieur à 50 km/h | Délit routier | 6 points | Jusqu’à 3 750 € | Prison (3 mois), annulation, confiscation de la moto, casier judiciaire |
Jeunes permis et A2 : le couperet tombe encore plus vite
Si vous êtes en permis probatoire ou fraîchement en A2, accrochez-vous : ce dispositif est une vraie lame de rasoir suspendue au-dessus de votre casque. Avec un capital points réduit, un seul grand excès peut tout faire sauter d’un coup.
Six points envolés d’un coup : permis invalidé net
En début de permis probatoire, on démarre avec 6 points. Or, un grand excès de vitesse, on l’a vu, coûte justement… 6 points. Le calcul est vite fait : votre solde tombe immédiatement à zéro. C’est l’invalidation pure et simple.
Et dans ce cas précis, oublier l’idée de sauver les meubles avec un stage de récupération : la mécanique du permis probatoire ne laisse aucune échappatoire. Quand le compteur de points tombe à zéro, c’est retour obligé à l’auto-école (code + conduite), avec tout ce que ça implique en temps, en argent… et en frustration.
Les limitations spécifiques des A2 : la marge fond comme neige au soleil
En A2, vous n’êtes même pas logé à la même enseigne que les autres conducteurs niveau limitations. Vos plafonds sont plus bas :
- 110 km/h sur les autoroutes normalement limitées à 130 km/h ;
- 100 km/h sur les voies rapides séparées par un terre-plein central habituellement à 110 km/h ;
- 80 km/h sur les autres routes hors agglomération.
Résultat : le fameux +50 km/h arrive plus vite. À 131 km/h sur une route où votre limite A2 est à 80, vous êtes déjà dans le champ du délit. Il suffit d’une descente, d’un coup de gaz un peu généreux ou d’un dépassement mal géré pour franchir la ligne rouge sans même s’en rendre compte.
Motos bridées, faux sentiment de sécurité
Beaucoup pensent qu’avec une moto bridée à 35 kW pour l’A2, on est protégé par la mécanique. Mauvais calcul. La plupart de ces machines sont parfaitement capables de taper des vitesses qui tombent dans le grand excès : 160 km/h, voire plus, restent souvent accessibles.
Sur autoroute A2 limitée à 110 km/h, se retrouver à 160 km/h, c’est déjà +50 km/h au compteur légal. Tout est là : ce n’est pas la puissance indiquée sur la carte grise qui vous sauvera, mais votre poignée droite et votre capacité à garder la tête froide.
Flashé en grand excès : comment réagir pour limiter les dégâts
Se faire surprendre par un radar, ça arrive, surtout quand la route est belle et la bécane au top. Mais une fois le flash passé, l’important, c’est de savoir comment gérer la suite sans empirer les choses.
Contestation : jouable, mais à manier avec énormément de précautions
La contestation reste toujours possible sur le principe. Mais la procédure est pointilleuse : la moindre erreur, et c’est comme si vous aviez tout reconnu sans condition.
Règle numéro un à graver dans un coin de votre tête :
- ne jamais payer l’amende si vous envisagez de contester.
Le paiement vaut reconnaissance définitive. Une fois que vous avez réglé, vous perdez tout droit à recours. Si vous décidez de contester :
- laissez votre carte bleue dans le portefeuille, ne payez pas l’avis initial ;
- utilisez le site de l’ANTAI pour déposer votre contestation dans les 45 jours ;
- suivez les instructions, qui peuvent inclure une consignation du montant (sauf en cas de procédure délictuelle spécifique).
Dans ce genre de dossier lourd, l’accompagnement par un avocat rompu au droit routier peut clairement faire la différence.
La marge technique des radars : ce que la loi enlève à la vitesse mesurée
On entend souvent parler d’une “tolérance” des radars. En réalité, ce n’est pas un cadeau, c’est juste une marge technique obligatoire pour tenir compte des imprécisions de mesure. La vitesse retenue est donc toujours un peu inférieure à celle affichée au flash.
La règle est la suivante :
- on retire 5 km/h pour les vitesses mesurées inférieures à 100 km/h ;
- on retire 5 % pour les vitesses mesurées supérieures ou égales à 100 km/h.
Exemple concret : flashé à 190 km/h, la vitesse “officielle” retenue sera de 180 km/h (5 % de 190 = 9,5 km/h, arrondi). C’est cette valeur réduite qui sert de base au calcul de l’infraction.
Assurance et boulot : les dégâts collatéraux qu’on oublie trop souvent
On pense souvent aux points et à l’amende, moins aux conséquences à moyen terme. Pourtant, un délit routier, ça laisse des traces :
- Votre assureur peut augmenter fortement votre prime, voire décider de résilier votre contrat. Vous devenez un “profil à risque”, et pour retrouver une assurance correct, bon courage.
- Si votre boulot dépend du permis (livreur, commercial, technicien itinérant, etc.), une suspension ou une annulation peut signifier perte pure et simple de l’emploi.
- En cas de condamnation avec casier, certaines portes professionnelles se ferment, comme le rappelle la doctrine officielle sur les infractions pénales et leurs conséquences.
Tout ça pour quoi ? Pour quelques secondes de montée en régime sur une portion qui s’y prêtait peut-être, mais pas au regard de la loi. La vérité, c’est que jouer la poignée dans le coin sans se poser de questions appartient au passé. Aujourd’hui, un grand excès de vitesse, c’est potentiellement perdre sa moto, son permis, et un bout de sa liberté.